8 decembre 2006

Helinä Hukkataival (FL) // Stuart Brisley (GB) // Alastair Mac Lennan (GB)

Le travail de la performeuse finlandaise Helinä Hukkataival est influencé par une pratique de plus de dix ans de Tai Chi et de méditation Zen. On y retrouve l’approche minimaliste des cérémonies de thé japonaises ainsi que des actes performatifs simples de Fluxus. De manière silencieuse, parfois méditative, mais pas toujours sérieuse, Helinä Hukkataival utilise des objets de la vie quotidienne (crème fouettée, chaussettes en laine, chewing-gums) pour emmener le public dans un monde surréaliste fait de rêves et de rituels. Ecrivain prolifique, peintre et performeur Stuart Brisley est considéré comme le parrain de l’art de la performance en Angleterre. Adepte de l’art corporel, son travail consiste à défier le corps humain de manière physique, psychologique et émotionnelle, en jouant avec une certaine angoisse et, dans sa forme la plus puissante, sur une forme de terreur : grèves de la faim, performance où il rampe sur une table chargée de nourriture putrescente, puis s’allonge dans un bac rempli d’eau et de quartiers de viande pourrie jusqu’à ce que sa peau se flétrisse et que l’odeur accable les spectateurs… Alastair Mac Lennan est un artiste actif important de la performance et de l’installation mais aussi l’un des plus influent et respecté parmi ceux qui travaillent en marge du système culturel officiel. Invité à la Biennale de Venise en 1997, Alastair Mac Lennan est membre de Black Market International.

Alastair Mac Lennan

« L’art est une habileté dans l’action quand l’habileté est la résolution de conflits. L’art en lui-même n’a pas de signification innée. Toutes les significations sont viables sous conditions. Un artiste fait de l’art le tout de la vie, pas une partie. »

Né en 1943 en Ecosse, Alastair Mac Lennan vit en Irlande du Nord et est aujourd’hui l’un des artistes les plus actifs et respectés de l’art performatif et de l’installation. Il a étudié au Duncan of Jordanstone College of Art à Dundee en Ecosse, il est diplômé d’un certificat de professorat spécialisé en art au collège de l’Education de Dundee et a obtenu un Degree de la School of Art Institute de Chicago (USA). Enseignant en maîtrise dans la section art de l’Université d’Ulster à Belfast, il intervient régulièrement dans les séminaires internationaux, et performe dans le monde entier. Il défend l’engagement de l’art dans les systèmes politiques et formels, tout en restant très proche de la vie quotidienne et fait des installations performatives souvent très longues qu’il intitule “Actuation”. Invité à la Biennale de Venise en 1997, il est aussi l’un des membres de Black Market International (venu en décembre dernier au Théâtre de l’Usine).

Alastair Mac Lennan à propos des artistes:

« Que font ces gens si curieux et particuliers ? Les feux du projecteur bougent et bougent encore : Pour un court instant divertissant nous amusons. Nous charmons. Nous éveillons même. Puis CUT ! Une façon d’éviter ce scénario est de fonctionner indépendamment du marché de l’art. Ceci peut nécessiter un déracinement pratique et une totale remise au point de notre pratique de l’art et de notre manière de vivre. Une solution sur laquelle je travaille et qui doit probablement être différente des autres possibles.

Helinä Hukkataival

Helinä Hukkataival est née en 1941. Elle fait des études à l’école Polytechnique d’Art et Médias de Tampere où elle s’est spécialisée en vidéo et en photographie. Elle a également fait des études de thérapies par l’art avec l’association Ihmissuhdetyö de Helsinki en1993-1994 et de 1985 à 1987. Elle a donné un Workshop de performance au Théâtre Derevo de Leningrad, USSR, en1990. Elle a enseigné en tant que professeur d’art à l’institut des Arts et Métiers de Helsinki de 1962 à 1964, au Département d’Art du Lindenwood College de Saint Charles (MO) aux Etats-Unis de 1961 à 1962, et au « comprehensive and upper secondary school » en Finlande de 1966 à 2001. Elle propose des expositions de groupes ou solos depuis 1997. De 1987 à 2002 elle a participé à environ 70 performances à Helsinki, Turku, Tampere, Mänttä, Dreieich, Oslo, Bern, Mainz et Darmstadt. Elle est actuellement professeur invitée de l’Université d’Art et de Design de Helsinki.

La performance pour Helinä Hukkataival

Pour Helinä Hukkataival, la performance est une image vivante, basée sur la présence. Elle est un moyen de s’investir aussi profondément que possible dans l’image en devenant physiquement une partie d’elle même. Ainsi, exactement sous les yeux des spectateurs se crée l’image faite pour eux. « En même temps je le fais également pour moi-même, pour découvrir en quoi la performance – qui est constituée d’objets, de mouvements et d’actions, des vêtements que je porte, des sons et également ensuite de parties audiovisuelles, tout ce que j’ai préalablement choisi avec précaution – me parle de la vie. Parfois je le comprends uniquement en écoutant les pensées du public, si les gens désirent les partager. Le mieux pour moi serait que la performance fonctionne comme un « zen Koan », une sorte d’énigme impossible, qui pourrait soudainement donner un nouvel aperçu de la vie. Souvent je traite des objets et des problèmes de tous les jours et je travaille sur des actions calmes et des contrastes soudains ».

Parfois la performance dépend uniquement de l’interaction cruciale avec le public. C’est par exemple le cas dans sa performance Mark me, où Helinä Hukkataival joue un livre d’or vivant pour les visiteurs.

Stuart Brisley

Né à Haselmere, Surey en 1933, Stuart Brisley étudie successivement à la Guilford School of Art, au Royal College of art, à l’Académie des Beaux-Arts de Munich ainsi qu’à l’Université de Floride. Il a participé à de nombreuses expositions, évènements et performances, la plupart du temps en Europe. Il a également de nombreuses publications à son actif. Stuart Brisley est le fondateur du Artist Project Peterlee5 qu’il a créé en 1976-77. Celui-ci a été réactivé par Stuart Brisley et Tim Brennan et rebaptisé The Peterlee Project en 2004.

Stuart Brisley est généralement considéré comme le parrain de l’art de la performance en Angleterre. Obtenant sa notoriété durant les années 60 et 70, son travail consistait à défier le corps humain de manière physique, psychologique et émotionnelle, et utilisait souvent des fèces (excréments) comme sujet ou matériel dans la construction de ses pièces. Il est un écrivain prolifique, peintre, performeur, éducateur et donateur de la scène artistique anglaise. En 1968, Brisley a aidé à organiser le Sit In de Hornsey en guise de protestation contre l’enseignement ordinaire dans les écoles d’art britanniques. Cette protestation l’a aidé à acquérir une réputation d’artiste défiant les normes, et sa nomination comme professeur à l’école d’art de Slade (Université de Londres) était et reste unique dans le sens ou il était le seul enseignant à être désigné par les élèves eux-mêmes. Il vit maintenant à Spitalfields dans l’Est de Londres.

Notes & analyses descriptives concernant les rencontres internationales d’art performance de Québec. Par Cyrille Bret

« La performance de Stuart Brisley comporta d’emblée une antinomie qui s’imposa à moi de façon brutale : son intervention fut entièrement bâtie autour de la notion de narration et hélas, compte tenu des ramifications de son action, en grande partie discursives, je me retrouve dans l’impossibilité d’en faire la moindre description détaillée… Il avait construit un dispositif consistant en une exhibition de situation de communication : une femme se tenait assise, immobile et muette sur une chaise, elle-même posée sur une structure, assistant à l’action dans sa totalité, mais ignorant le public. Cette structure, il ne cessa de la manipuler, de la retourner dans tous les sens, sous tous les angles et de la déplacer dans l’espace performatif. L’acte d’énonciation mettait donc en jeu plusieurs niveaux de réception, l’un intrinsèque à l’action, l’autre à fonction externe (le public). Ainsi, l’artiste ne faisait ou ne disait rien qui ne puisse s’entendre comme un acte « méta-communicationnel ». Son propos fut d’élaborer, à partir d’un canevas très restreint de phrases et d’actions qui servaient d’embrayeurs, puisqu’à double sens, une fiction narrative en récits et/ou actions emboîtés, et interdépendants les uns des autres. Brillante démonstration de la confusion entre illusion et réalité (le maillon faible de l’art performance qui le raccroche, d’une certaine manière à la notion de représentation, dont cet art ne cesse pourtant de vouloir s’émanciper…), certes, ou plutôt de cette affirmation quasi-programmatique de l’artiste : “This is all true ! The truth witloof reason ! The truth with reason is no truth ! “ ou de cette autre encore, “So, it’s a fiction. All you remember is a scienti-fiction !”. »

Stuart Brisley, adepte de l’art corporel qui joue avec une certaine angoisse et, dans sa forme la plus puissante, sur une forme de terreur, résiste à l’aliénation tout en exigeant notre complicité. Ainsi des grèves de la faim faites par Stuart Brisley dans une pièce au premier étage de l’Institut d’Art contemporain de Londres, à la fin de années 70 : Brisley rampa sur une table chargée de nourriture putrescente, puis resta assis plusieurs jours dans un bac rempli d’eau en compagnie d’un quartier de viande pourrie, jusqu’à ce que sa peau se fût flétrie et que la puanteur accablât les spectateurs qui s’attardaient là plus que le temps d’un regard.

Les performances de Stuart Brisley sont marquées par un processus génératif qui incite à une libération des conventions du comportement social. Son travail implique le public et cet engagement transforme les actions du performeur, établissant un dialogue circulaire entre action et réaction. Même s’il y a des références au théâtre, Brisley considère son travail comme anti-théâtre et même comme antiperformance.

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