THIS IS YOUR CAPTAIN

Duree 60 min

Le crash sur Sirius, planète de l’énergie féminine, est imminent. Alors Captain donne les instructions à son public :

Attendez
Votre capitaine dit : Mettez vos têtes dans vos genoux
Votre capitaine dit : Prenez vos têtes dans vos mains
Captain dit : Mettez vos mains sur vos têtes
Mettez vos mains sur vos hanches. Heh heh
Votre capitaine vous parle –
et nous nous crashons. Nous nous crashons tous ensemble.
Et j’ai dit : Uh oh.
Ça va être une journée mémorable
Attendez. Le temps est venu
Et ceci sera la trace du temps
Le temps est venu. Et ceci sera la trace du temps. [Extrait du spectacle]

Captain, n’est ni pleinement humain.e, ni complètement femme, ni totalement cyborg. Le personnage vous regarde couché, la main sur sa cuisse : vénus postmoderne d’un Titien cybernétique ou d’un Manet astronaute. Vous êtes sur la dernière capsule spatiale existante, Captain l’a déterrée après avoir perdu la guerre contre la dictature patriarcale la plus meurtrière et la plus totalitaire que notre planète ait connue. Captain est seule, ses camarades sont toutes tuées, ou pire, rebootées cérébralement, sans plus aucun souvenir.

C’est pour cette raison que vous êtes tous.te.x.s dans sa capsule. Pour foncer sur Sirius, on répète, planète de l’énergie féminine. On perce la stratosphère, des centaines de milliers de kilomètres passent, on se rapproche du but et la langue de Captain mute : les langages terrestres cèdent la place au Laàdan, langue féministe inventée par la linguiste Suzette Haden Elgin.

Vous monterez à bord de la capsule avec Captain, vous n’aurez pas de gradins, vous serez immergé.e.x.s dans une installation transmédiale, vous serez entouré.e.x.s par un chœur, vous voyagerez dans les méandres de mythologies alternatives New Age 2.0.

« Il est non seulement inévitable, mais souvent salutaire de se raconter des histoires et la ‘société du spectacle’ doit moins faire l’objet de lamentations que d’effort de contre-scénarisation. » Yves Citton, Mythocratie.

 

EN ORBITE DE THIS IS YOUR CAPTAIN
Pour aller plus loin…

 

  • Contre-filmer, contre-montrer

Dans le cadre de son Master Thesis à la Goldsmiths University, Maëlle Gross réfléchit à la notion de female gaze (regard féminin) créée par la chercheuse et réalisatrice Laura Mulvey notamment dans l’article intitulé Visual Pleasure and Narrative Cinema. Cette notion a servi à théoriser la prépondérance du regard masculin dans la culture visuelle dominante : cinéma, photographie, publicité, jeu vidéo, etc. Repenser la culture dominante, c’est déconstruire les récits et le regard que l’on nous impose au quotidien. La question est de savoir comment montrer la féminité, comment filmer le désir, comment raconter de manière démasculinisée les histoires qui nous construisent au quotidien, depuis notre enfance. Maëlle Gross tente de changer de regard et de langage : vidéo, langue, texte et scénographie se veulent empreints d’un female gaze.

  • Contre-parler, contre-s’exprimer

Dans cette optique de s’exprimer contre la culture dominante, de trouver des nouvelles manières de parler et de raconter, l’artiste s’inspire du travail de Suzette Haden Elgin, linguiste et romancière féministe qui invente le làadan, langue qui se propose de déconstruire le langage culturellement marqué par l’hétéronormativité et le patriarcat. Cette langue, la linguiste la met à disposition de tous et toutes et un site lui est dédié. C’est tout d’abord dans ses romans de science-fiction que cette langue apparaît, afin de faire parler des personnages imaginaires entièrement dépourvus de la domination masculine, ces personnages ne sont pas terrestre. Le làadan démultiplie les sens possibles de certain termes : le mot « menstruation », par exemple, se décline en sept autres termes. Cette déclinaison permet de varier subtilement le sens selon les perceptions et sensations de la personne qui le prononce.

  • Contre-récits

Ensuite, Maëlle Gross fouille dans l’effusion du Web pour y dénicher des micro-communautés qui, souvent sans le prétendre, construisent des mythologies alternatives, des contre-récits spirituels et des nouvelles légendes. Voici un exemple dans lequel une femme utilise le light language, afin de se connecter à l’énergie de Sirius en communiquant avec les dauphins dorés qui ont voyagé dans l’espace jusqu’à notre planète. Ces éléments de mythologie New Age 2.0 feront partie de l’imaginaire et de l’esthétique de This is Your Captain.

Maëlle Gross

Maëlle Gross est titulaire d’un Bachelor en arts visuels obtenu avec les félicitations du jury à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD). En 2015, elle obtient son Master in Fine Arts à la Goldsmiths University de Londres. Travaillant principalement avec les médiums vidéographiques, photographiques et installatifs, sa pratique oscille entre vidéo d’art et documentaire : une pratique qui mêle le fait à la fiction. Avec un focus sur les conditions sociales, son travail s’axe principalement sur les questions d’identité notamment à travers le genre. Elle a exposé son œuvre Strike a pose à la Haus der Kulturen der Welt de Berlin et son installation Mersea (a Cyborg story) à la Roman&Susan gallery de Chigaco, puis à la galerie Forma dans le cadre de La Fête du Slip de Lausanne. Plus récemment, elle a présenté le second volet du projet collaboratif Going where we come from dans le cadre du festival Antigel 2018 à Genève. Elle est lauréate de la Bourse pour la création de la ville de Genève en 2016 et est sélectionnée pour les Bourses exposition organisée au Centre d’Art Contemporain de Genève en septembre 2017.

https://www.maellegross.com/

Metteuse en scène : Maëlle Gross
Performeuse : Valentine Mottaz
Danseuse : Karine Dahouindji
Choriste #1 : Pascal Bornand
Choriste #2 : Eva Bucher
Choriste #3 : Francis Magnin
Musique : Simon Acevedo
Production : Marie Jolliet et Maude Herzog
Costumes et décors: Anne-Lise Tâcheron, Maëlle Gross, Marie Jolliet, Marie Di Pietroantonio et Marine Valotton
Scénographie : Maëlle Gross
Création lumière : Florent Naulin
Œil dramaturgique : Simon Hildebrand
Soutiens : Ville de Genève, Loterie Romande, Pro Helvetia, Ernst Göhner Sti tung, Fondation An- ne-Marie Schindler, Fondation Emilie Gourd