Emmett Williams

Membre de Fluxus dont il est une des légendes, Emmet Williams est venu à Genève en 2005 lors du Festival Roaratorio France-Amérique de poésies expérimentales. Ce festival de haut vol nous procura le plaisir de (re)découvrir le travail de figures essentielles de l’art comme John Giorno ou Bernard Heidsieck. Emmet William a présenté des expositions et des performances dans la plupart des centres d’arts au niveau international. On a pu entre autres le voir à l’Institut Tomi Ohtake à Sao Paulo, la Kasseler Kunstverein à Kassel, la Gallerie Andrea Rosen à New York, la Gallerie MJ Wewerka à Berlin, la Gallerie Marlene Frei à Zurich, le Musée d’Art Contemporain de l’Université du Chili à Santiago, la Kunsthalle de Dusseldorf, la National Gallery d’Islande à Reykjavik, etc. Créateur polymorphe, il est l’auteur de l’autobiographie non conventionnelle My life in Flux – And Vice Versa (1991). Il participe également au courant appelé « poésie graphique » directement descendant du « Lettrisme 3» avec les oeuvres Méditation no2 (1958), A festive marching song (1966) et Sweethearts (1967).

La Poésie graphique.

Poésie concrète, poésie visuelle… “Le poème visuel est une constellation dans l’espace”, selon son inventeur, Gomringer. Il s’agit de jouer avec le langage écrit dans sa réalité matérielle, avec l’aspect visuel du mot et de la lettre, leur beauté graphique, leur valeur plastique. La libération des normes éditoriales ouvre à un dépassement du sens, à une errance dans l’apparemment absurde, loin de l’abstraction initiale du texte. Il y a recréation de sens par irradiation dans un espace pictural. Celui-ci est multiple: chaque lecteur peut faire son déchiffrement. Le poème s’inscrit dans la mémoire par les images implicites suscitées. Diverses pratiques convergent vers la typoésie4: l’art visuel de l’École brésilienne (Haroldo et Augusto de Campos, Pignatari), le spatialisme (Bory et Garnier),

l’art phonétique (Bernard Heidsieck, Henri Chopin), la cinétique (Fahlström, Max Bense).  Comme le calligramme d’Apollinaire, comme l’idéogramme oriental, c’est un art de la synthèse, de la simplification, de la brièveté, de la concision, de la spontanéité. La fonction sociale de la poésie graphique remonte aux origines. Dès la préhistoire, il était naturel à l’homme de réaliser dessins, peintures et objets d’art. Il est naturel à chacun de pratiquer la création de formes et d’images. C’est un art qui répond à un instinct élémentaire. Comme la poésie sonore, la poésie graphique doit rendre la société plus humaine, ludique, éprise de beauté.

Dans la pièce Couting Song d’Emmet Williams, deux acteurs comptent le public à voix haute et se communiquent les résultats. Ce concept constitue la piéce, dans la pure tradition de Fluxus.

Beaucoup d’évènements de Fluxus sont brefs. Dans l’utilisation du temps et de la scène, ils ressemblent aux Vaudeville et au burlesque. On-Off event d’Emmett Williams est un classique du genre. La pièce est simple. Toutes les lumières du théâtre sont éteintes, puis allumées, puis éteintes à nouveau et ainsi de suite. La pièce peut être faites en toutes circonstances pendant un concert, mais elle est souvent utilisée au début ou à la fin. Cela ressemble aux petits coups de lumière utilisés pour signaler le début d’une pièce de théâtre ou pour rappeler l’audience après la pause. Quand elle est utilisée de cette manière, cela élimine les frontières entre l’art et la vie. La pièce utilise alors la douce confusion entre la vie théâtrale et la vie du théâtre pour établir un jeu de subtilités dialectiques complexes. On peut apercevoir des performances d’Emmet Williams dans le film Portafilliou de Robert Filliou qu’il réalise comme supplément à son livre Teaching and Learning as Performing Arts (cette vidéo contient également des performances avec Brian Gyson et un film réalisé avec George Brecht).